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Maumejean : la dynastie de maîtres verriers qui illumina l’Espagne, et un palais à Elvas

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En Espagne, pendant presque tout le XXᵉ siècle, la lumière colorée portait un nom de famille.


Ce nom, c’était Maumejean. Une famille de peintres-verriers de Pau, en Béarn, au pied des Pyrénées, qui devint en trois générations la grande maison du vitrail en Espagne, et garnit de verre banques, casinos, palais et églises, de Madrid à Séville. Voici l’histoire des vitraux Maumejean, et celle des portes et de la verrière du Mistress’s Palace, à Elvas, qui portent leur main.




Verrière Maumejean couronnant l’atrium du Casino Gran Vía, à Madrid
La verrière qui couronne l’atrium du Casino Gran Vía, à Madrid, réalisée par la maison Maumejean entre 1917 et 1924.



Pau, 1860


Jules Pierre Maumejean avait vingt-trois ans lorsqu’il ouvrit son premier atelier, en 1860, au 14–16 rue Montpensier, à Pau, dans la maison du comte de Barraute. Sa première réclame promettait des vitraux pour églises et oratoires. Le métier était, en quelque sorte, un héritage : son père et son grand-père avaient peint la faïence, et lui-même s’était formé à Bordeaux et à Paris.


Il épousa Marie Honorine Lalanne, qui lui donna cinq enfants : Joseph, Henri, Léon, Marie et Charles. En 1884, il fit bâtir à Pau une villa qu’il baptisa, sans détour, Los Vidrieros. L’atelier suivit la côte : Anglet en 1890, Biarritz en 1893. Ses liens avec Madrid lui valurent des commandes de la maison royale d’Espagne. Il mourut en 1909.



Portrait de Jules Pierre Maumejean, fondateur de l’atelier de vitrail Maumejean
Jules Pierre Maumejean, qui ouvrit son premier atelier à Pau en 1860.



Madrid, 1898


Le fils aîné, Joseph, que l’Espagne appellera José, naquit en 1869. Il se forma auprès de son père, à l’École des beaux-arts de Paris, puis à Nancy et à Tours, élève du maître verrier Jean-Baptiste Anglade. En 1897, il obtint une médaille à l’Exposition nationale des beaux-arts d’Espagne. En 1898, il ouvrit un atelier à Madrid, calle Abascal 39, et en fit, avec son frère Henri, le centre de l’entreprise familiale.


L’atelier s’installa ensuite sur le Paseo de la Castellana. Un plan dressé en 1927 montre comment s’organisait une maison de lumière : des salles de dessin pour les dessinateurs, un laboratoire photographique, une bibliothèque, des fours autour d’un patio, des archives à l’étage.



Photographie ancienne d’artisans dans un atelier de vitrail Maumejean
Dans un atelier Maumejean : les cartons épinglés aux murs, les panneaux sertis de plomb sur l’établi.



Plan de 1927 de l’atelier de vitrail Maumejean sur le Paseo de la Castellana, à Madrid
Plan de la Vidriería Artística Maumejean Hermanos sur le Paseo de la Castellana, Madrid, 1927. Archivo de Villa.



Des banques, des casinos, un hôtel de ville


Madrid se reconstruisait en capitale, et ses nouvelles institutions réclamaient de la lumière. Pour le Banco de España, Maumejean vitra la rotonde, l’entrée de la calle de Alcalá et le grand escalier, où des figures allégoriques se dressent dans de hautes verrières serties de plomb : la Musique, la Sculpture, la Peinture, l’Histoire, la Poésie, l’Architecture, le Travail, la Félicité, la Gloire. Le Patio de Cristales de la Casa de la Villa porte la signature « S.A. Maumejean / Madrid ». Sur la Gran Vía, la maison réalisa la verrière qui couronne l’atrium du casino inauguré en 1924 en présence d’Alphonse XIII.



Vitraux Maumejean du grand escalier du Banco de España, à Madrid : la Musique, la Sculpture, la Peinture
Banco de España, Madrid : verrières du grand escalier. La Musique, la Sculpture, la Peinture.



Vitraux Maumejean au Banco de España : l’Histoire, la Poésie, l’Architecture
L’Histoire, la Poésie, l’Architecture.



Vitraux Maumejean au Banco de España : le Travail, la Félicité, la Gloire
Le Travail, la Félicité, la Gloire.



« En Espagne, dire Maumejean, c’était tout simplement dire vitrail. »




Une maison, plusieurs villes


Les frères se partagèrent la carte. Charles dirigeait l’atelier parisien du 6 et 6 bis rue Bézout, dans le XIVᵉ arrondissement, réputé pour ses mosaïques ; la manufacture principale se trouvait à Hendaye, sur la frontière. Suivirent des succursales à Barcelone et à Saint-Sébastien, cette dernière également vouée à la mosaïque. Léon fit cavalier seul à Paris, où il mourut en 1921. Les ateliers espagnols furent réunis sous la raison sociale S.A. Maumejean Hermanos, établie à Madrid, présidée par l’architecte José Yarnoz, avec le sculpteur Mariano Benlliure à son conseil d’administration.


La maison fut présente à l’Exposition des arts décoratifs de Paris en 1925, à Barcelone et à Séville en 1929, à l’Exposition coloniale de Paris en 1931, et remporta des médailles d’or à Philadelphie, Milan, Madrid et Pampelune. Son œuvre traverse tous les registres de l’époque, de l’historicisme et du néo-Renaissance au vitrail Art nouveau, à l’Art déco et au rationalisme, pour des églises, des banques, des théâtres et des demeures privées.



Photographie ancienne d’une devanture Maumejean et de ses artisans
Une devanture Maumejean au début du XXᵉ siècle : verre d’art, mosaïques, opaline, miroirs décorés.



En-tête de Maumejean Frères, manufacture de vitraux et mosaïques fondée à Pau en 1860
Maumejean Frères : maison fondée à Pau en 1860, manufacture principale à Hendaye, atelier rue Bézout, à Paris.


Henri mourut en 1932. José dirigea l’atelier de Madrid jusque dans les années 1940 et, déjà âgé, partit pour le Maroc avec le projet d’en ouvrir un dernier ; il mourut en 1952. Charles le suivit en 1957, puis Georges, fils de Joseph et dernier peintre-verrier de la lignée, en 1970. Le nom survit dans la Sociedad Maumejean de Vidrieras Artísticas, à Alcalá de Henares, qui fabrique et restaure toujours des vitraux.



Maumejean au Mistress’s Palace, à Elvas


Une part de cette lumière a passé la frontière. Au Mistress’s Palace, à Elvas, dans le Haut-Alentejo, la salle à manger s’ouvre par une paire de portes vitrées encadrées de pilastres cannelés, surmontées d’une imposte et flanquées de hautes baies latérales. Le verre, presque entièrement incolore et texturé, est cerné de bordures de couleur et peint à la grisaille et au jaune d’argent, en émaux cuits : rinceaux et coquilles classiques à l’accent Art nouveau affirmé, ce registre composite où l’atelier de Madrid excellait.



Portes en vitrail Maumejean de la salle à manger du Mistress’s Palace, à Elvas
Les portes de la salle à manger du Mistress’s Palace, à Elvas, attribuées à Maumejean.


Au-dessus, une verrière ovale s’inscrit dans la voûte, au cœur d’une couronne de laurier moulurée : un fond incolore, un motif géométrique central, une bordure de rinceaux végétaux simples, jaunes et verts. Aucune des deux pièces n’est signée. Leur technique, leur dessin et leur parenté avec les autres verres de la maison désignent les ateliers Maumejean. Le palais est à vendre par l’intermédiaire de Wiseguys Properties : découvrir le Mistress’s Palace. Ses jardins ont leur propre histoire, racontée dans notre article consacré à Jean-Claude Nicolas Forestier.



Verrière ovale en vitrail dans la voûte du Mistress’s Palace, à Elvas
La verrière ovale de la voûte du Mistress’s Palace.



Questions fréquentes


Qui étaient les Maumejean ?

Une famille française de maîtres verriers. Jules Pierre Maumejean ouvrit son premier atelier à Pau en 1860 ; ses fils, menés par Joseph (José) Maumejean, en firent la première maison de vitrail de l’Espagne du XXᵉ siècle, avec des ateliers à Madrid, Paris, Hendaye, Barcelone et Saint-Sébastien.


Où voir des vitraux Maumejean à Madrid ?

Parmi les exemples les plus connus figurent les vitraux du Banco de España, dont ceux du grand escalier, le Patio de Cristales de la Casa de la Villa et la verrière qui couronne l’atrium du Casino Gran Vía, réalisée entre 1917 et 1924.


La maison Maumejean existe-t-elle encore ?

Oui. L’entreprise se poursuit aujourd’hui sous le nom de Sociedad Maumejean de Vidrieras Artísticas, à Alcalá de Henares, près de Madrid, entre créations nouvelles, restauration et conservation.


Comment reconnaître un vitrail Maumejean ?

Certaines pièces sont signées, par exemple « S.A. Maumejean / Madrid ». Beaucoup ne le sont pas : l’attribution repose alors sur les archives, les commandes documentées et la comparaison des techniques, à savoir un verre serti au plomb associant verre incolore texturé et bordures de couleur, une grisaille peinte, le jaune d’argent et des émaux cuits.





Le Mistress’s Palace, à Elvas, est représenté par Wiseguys Properties. Pour une visite privée, ou pour d’autres maisons de ce rang, dont beaucoup restent à l’écart du marché ouvert, consultez nos biens off-market ou écrivez-nous.


Sources : Casa Decor ; Casino Gran Vía ; Archivo de Villa, Madrid (plan de l’atelier, 1927) ; études sur S.A. Maumejean Hermanos. Images d’archives : famille Maumejean et planches du Banco de España. Photographies du Mistress’s Palace : Wiseguys Properties. Wiseguys Properties, AMI 23109 · info@wgpadvisors.com

 
 
 
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