Portalegre, la ville des tapisseries
Rares sont les villes qui ont donné leur nom à un point.
Portalegre s'adosse à la Serra de São Mamede, dans le nord de l'Alentejo, à un peu plus de deux heures de route de Lisbonne et à quelque 70 km de Badajoz, en Espagne. Ville depuis 1550, un an après la création de son diocèse, elle s'est enrichie de la laine, puis du liège. Au XXe siècle, elle a donné son nom à une manière de tisser : le ponto de Portalegre, le point dans lequel des peintres, de Júlio Pomar à Jean Lurçat, ont vu leur œuvre traduite en laine. Voici un portrait de la ville telle qu'elle est aujourd'hui, ses couvents, ses usines devenues musées, son poète, sa montagne et ses vins, et de ce que signifie y vivre.
Un point nommé Portalegre
L'histoire commence par un échec. En 1946, Guy Fino et Manuel Celestino Peixeiro veulent relancer à Portalegre la fabrication de tapis à nœuds, et l'affaire ne rapporte pas. Le père de Manuel Celestino, Manuel do Carmo Peixeiro, propose autre chose : la tapisserie murale, tissée avec un point qu'il avait mis au point des années plus tôt, étudiant en textile à Roubaix. La première tapisserie sort des métiers en 1948, d'après un carton de João Tavares. Les premiers peintres sont portugais : Júlio Pomar, Maria Keil, Guilherme Camarinha, Renato Torres, Lima de Freitas.
La technique est lente et précise. La tisserande travaille une armure toile et recouvre chaque fil d'un nœud de laine noué à la main, si bien que l'envers reproduit l'image avec la même définition que l'endroit. L'histoire publiée par la Manufacture raconte la visite de Jean Lurçat, le rénovateur de la tapisserie française, en 1958. Devant l'une de ses tapisseries tissée en France et sa copie de Portalegre, il prit la copie pour l'original. Dès lors, et jusqu'à sa mort, nombre de ses tapisseries furent tissées à Portalegre.
Plus de deux cents artistes ont depuis travaillé avec la Manufacture, parmi lesquels Almada Negreiros, Vieira da Silva, Lourdes Castro, Le Corbusier et Joana Vasconcelos. Leurs tapisseries sont à la Fondation Gulbenkian à Lisbonne, à la Cour de justice de l'Union européenne à Luxembourg ou à la Cour suprême de Nouvelle-Galles du Sud. En ville, le Museu da Tapeçaria de Portalegre Guy Fino a ouvert en 2001 dans l'ancienne demeure des Castel-Branco, rua da Figueira, avec une grande partie de ses collections données par la Manufacture. En 2024, la mairie a annoncé préparer une candidature du point de Portalegre au patrimoine culturel immatériel.
À Portalegre, la copie a passé pour l'original.
Une cathédrale, des couvents et des azulejos
La cathédrale est commencée en 1556, à l'emplacement de l'ancienne église Santa Maria do Castelo, et il faudra environ deux siècles pour l'achever. Sa façade maniériste s'élève sur trois registres ; les trois portails baroques du rez-de-chaussée datent du XVIIIe siècle. À l'intérieur, le retable du maître-autel est sculpté par Gaspar Coelho entre 1592 et 1595, et la sacristie conserve ses azulejos du XVIIIe siècle, scènes de la vie de la Vierge et de la Fuite en Égypte, derrière des commodes de style joanino en bois de pau-santo.
Le couvent cistercien de São Bernardo est fondé en 1518 par Dom Jorge de Melo, évêque de Guarda. Son tombeau, sculpté par le Français Nicolas Chanterene dans le marbre d'Estremoz, dépasse douze mètres de haut. Les azulejos du couvent vont du XVe au XVIIIe siècle, quand furent posés dans l'église les panneaux de la vie de saint Bernard ; le bâtiment est aujourd'hui occupé par la Garde nationale républicaine. C'est Teresa Saporiti, artiste et chercheuse qui a photographié et inventorié pendant des décennies les azulejos de tout le district, qui les a étudiés. Pour l'histoire plus large, lire notre guide de l'azulejo.
La laine, le liège et les cheminées Robinson
L'industrie de Portalegre s'est installée dans ses maisons religieuses. Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, un bâtiment industriel pour la Manufacture royale de lainages est ajouté au collège jésuite de São Sebastião ; l'ensemble, restauré d'après un projet de 2006, abrite aujourd'hui l'hôtel de ville et des services municipaux.
Le couvent franciscain, fondé au début du XIIIe siècle, a connu un autre destin. Après la suppression des ordres religieux, en 1834, une fabrique de bouchons de liège s'installe dans les bâtiments conventuels. En 1848, elle est achetée par George William Robinson, dont l'entreprise familiale de Halifax, dans le Yorkshire, importait déjà le liège portugais. L'usine Robinson ajoute une façade industrielle et les hautes cheminées qui dessinent encore la silhouette de la ville ; elle ne ferme qu'en 2009. La Fondation Robinson, créée en 2005, veille aujourd'hui sur le site et ses archives, et l'église du couvent accueille des événements comme le salon des vins de la ville.
La maison de Régio et le théâtre
Le poète José Régio, né à Vila do Conde en 1901, a enseigné au lycée de Portalegre pendant plus de trente ans. Il loue une chambre dans une pension, rachète les pièces une à une jusqu'à posséder la maison, et la remplit de sculptures, de faïences, de meubles et surtout de christs. En 1965, il vend sa collection à la mairie, à condition que la maison devienne un musée. La Casa-Museu José Régio ouvre en 1971, deux ans après sa mort.

En 1935, les élèves de Régio montent l'une de ses pièces au Teatro Portalegrense, le premier théâtre de la ville, inauguré en 1858 avec une pièce d'Almeida Garrett. Nous en avons raconté l'histoire dans un théâtre à l'italienne à Portalegre. Son fer à cheval de loges, sur trois rangs sous un plafond peint, est toujours là, en attente d'un nouvel usage.

La serra, le vin et les environs
La Serra de São Mamede ferme l'horizon au nord et à l'est. Le parc naturel, créé en 1989, couvre quelque 560 km² et culmine à 1 025 mètres : ce coin d'Alentejo est plus vert, plus frais et plus arrosé que la plaine.
Portalegre est l'une des huit sous-régions de la DOC Alentejo, et celle que l'on connaît pour ses vins d'altitude. Chaque mois de décembre, la ville organise le salon Vinhos de Altitude dans l'église de l'ancien couvent franciscain ; l'édition 2025 a réuni une vingtaine de producteurs et plus de cent vins. Parmi les domaines, la famille Symington a acheté en 2017 la Quinta da Fonte Souto : 42 hectares de vignes entre 490 et 550 mètres, sur schiste et granit, dans le parc naturel. La Tapada do Chaves ou Susana Esteban produisent aussi dans la serra.

À moins d'une demi-heure, trois excursions s'imposent. Marvão, ceinte de remparts, à quelque 860 mètres, regarde l'Espagne par-dessus la frontière. Castelo de Vide conserve une synagogue du XIVe siècle, devenue un petit musée de son histoire juive. Au pied de Marvão, à São Salvador da Aramenha, s'étendent les ruines d'Ammaia, ville romaine attestée comme municipe en 166 et monument national depuis 1949. Plus loin dans le district, Nisa a son propre savoir-faire : lire notre article sur la maison des brodeuses de Nisa.
Vivre à Portalegre
La commune compte quelque 22 000 habitants : assez pour une ville, assez peu pour que tout se fasse à pied dans le centre historique. Depuis août 2026, l'ancien institut polytechnique est devenu l'Universidade Politécnica de Portalegre, avec des écoles à Portalegre et à Elvas. L'hôpital du district, l'Hospital Dr. José Maria Grande, a ouvert en juin 2026 une nouvelle unité de soins intensifs polyvalente, et un campus de santé voisin est prévu pour 2029. Lisbonne est à un peu plus de deux heures de route, Badajoz à environ 70 km, Madrid à environ 460 km. Routes, rail et nouvelles industries transforment la région : nous les présentons dans Portalegre dans les prochaines années. Pour les démarches d'achat, voir notre guide pour acheter une maison au Portugal, étape par étape.
Une maison dans la vieille ville
Une façon de vivre ici, c'est derrière le mur d'un jardin. The Great Green House, dans le centre historique, est une maison de ville restaurée de quatre chambres, dont trois avec salle de bains, avec une bibliothèque aux rayonnages du sol au plafond, une cuisine en marbre d'Estremoz et un jardin clos de 605 m², allées de pierre, fontaine sculptée et piscine. En 2025, la mairie a certifié que sa réhabilitation, dans la zone de réhabilitation urbaine de Portalegre, avait laissé le bâtiment en excellent état. Elle a appartenu, au moins de 1991 jusqu'à sa mort, à Teresa Saporiti, dont nous racontons l'histoire dans la maison de Teresa Saporiti.

Wiseguys Properties a en vente The Great Green House et, dans la même ville, le Teatro Portalegrense. Pour comparer, lire ce qu'un million d'euros permet d'acheter hors de Lisbonne. Pour une visite ou un projet d'installation en Alentejo, contactez-nous.
Questions fréquentes
Où se trouve Portalegre ?
Dans le nord de l'Alentejo, au pied de la Serra de São Mamede, près de la frontière espagnole. C'est le chef-lieu du district du même nom.
Que voir à Portalegre ?
Le Museu da Tapeçaria Guy Fino, la cathédrale, la Casa-Museu José Régio et l'ancienne usine de liège Robinson ; puis la Serra de São Mamede, Marvão, Castelo de Vide et les ruines romaines d'Ammaia.
Qu'est-ce que la tapisserie de Portalegre ?
Une tapisserie tissée avec un point inventé par Manuel do Carmo Peixeiro, où chaque fil est recouvert d'un nœud de laine noué à la main. La Manufacture de Portalegre l'emploie depuis 1948.
Portalegre est-elle loin de Lisbonne ?
À un peu plus de deux heures de route. Badajoz est à environ 70 km et Madrid à environ 460 km.
Quels vins produit-on autour de Portalegre ?
Portalegre est une sous-région de la DOC Alentejo, connue pour les vins d'altitude des pentes de la Serra de São Mamede, où certaines vignes dépassent 500 mètres.
Sources : Manufactura de Tapeçarias de Portalegre, histoire ; Homo Faber, Museu da Tapeçaria de Portalegre Guy Fino ; Portugal Global, juillet 2024 ; Infopédia, Sé Catedral de Portalegre et Convento de S. Bernardo ; Fundação Robinson, Publicações n.º 6 (2008) ; História e Economia (Reynolds et Robinson) ; Arquiespaço, Colégio de São Sebastião ; Lusa, 2019 (José Régio) ; Decreto-Lei n.º 121/89 ; Forbes Portugal, décembre 2025 ; Symington Family Estates ; Universidade de Coimbra (Ammaia) ; Observador, 19 juin et 27 juillet 2026 ; Gouvernement portugais, 31 décembre 2025. Photographies : Wiseguys Properties.



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